Jean-Claude Polet, Istorie, memorie si eshatologie (24 august, Ramnicu-Sarat)

Marti, 24 august, in cadrul Universitatii de vara de la Ramnicu-Sarat, domnul Jean-Claude Polet (profesor emerit, Universitatea libera din Bruxelles) va sustine prelegerea despre „Istorie, memorie si eshatologie”.

Oferim mai jos rezumatul in limbile engleza si franceza pentru toti cei interesati.

History, Memory, and Eschatology”. Jean-Claude Polet (emeritus, University of Bruxelles)

1. History

History, as part of the ‘humanities department’, establishes facts, by way of investigating the sources. Among all the events recorded by history, some have become part of our collective (should we say universal) consciousness. They usually involve moral and legal issues (errors, violations, misdemeanors, mass crimes). In order to qualify various historical events in such a manner, one needs to acknowledge a set of values depending upon metaphysical, ethical, religious, or ideological principles.

But the visible facts always hide the invisible acts of one’s intentionality. Here, the historian is called to investigate the responsibility for those individual and collective deeds that have troubled the consciousness of humankind.

The historian cannot merely report facts, with the subsequent task of classifying those facts into various rubrics. The acts of intentionality that have led to horrors, such as Communism or Fascism, are the most troublesome and they still haunt the human consciousness. This leads us to the second point: the status of memory.

2. Memory

One has to balance the rigorous standards of moral qualification (regarding the intentional acts) and with the accuracy of evidence (establishing the facts). The problem in the judgments of history, as in any trial delayed in time, is that standards, legal or moral change from time to time. This raises the question related to the relative or absolute order of our judgment. In order to prevent the spreading of oblivion, we must put in place the hermeneutics of memory.

History, indeed, looks at the past through the lenses of the present tense. But digging into the past cannot avoid the finality of time, or the dynamic future, in the light of which all actors and interpreters of history take their decisions.

How are we to counterbalance the relativity of standards? Or, put it another way, what is the purpose of history? Where to find an absolute principle of order in history, which enables the historian to judge according to stable standards and criteria? Modern civilization has established human rights as an expression of the supreme standard of morality. On their behalf, we speak of crimes against humanity. But could we envisage a horizon where past crimes are also part of a dialectics of absolution, or forgiveness? In order to do so, we need to connect memory and history to eschatology – to the open future of humankind.

3. Eschatology

This eschatological perspective on forgiveness requires the reunion of past, present, and future. Justice, on the one hand, and absolution, on the other hand, can meet only by realizing this continuity between past, present, and future. Without future, there is no hope. Without past, there is the risk of amnesia and the danger of minimizing the facts, actions, and responsibilities of the perpetrators against their victims. The present, in its turn, must be made fertile through the practice of recognition and repentance. It is only repentance that breaks through the iron cage of hatred and revenge (‘eye for eye, tooth for tooth’). Peace is the event whereby reconciliation is enacted freely, without external compulsion or without the denial of the past. Seen from an eschatological perspective, history and memory come to serve the common good.

Histoire, Mémoire et Eschatologie

Quelques propositions pour une herméneutique du dépassement des crimes du communisme (notamment)1.

1. Histoire

L’historiographie, en tant que « science humaine », établit les faits, par la critique historique. Parmi ces faits, d’époques en époques, un certain nombre ont été dotés par la conscience collective ou (pour les plus fondamentaux) par la conscience universelle, de qualifications normatives, morales et juridiques (fautes, contraventions, délits, crimes). Ces qualifications dépendent, fondamentalement, de principes religieux, métaphysiques, sociaux ou anthropologiques, établis très largement dans l’humanité. Pour juger, en historiographe scientifique, les actes qui ont conduit à ces faits, il faut, évidemment vérifier l’adéquation des faits établis et des qualifications en question et établir la responsabilité des actes.

L’Histoire se fonde sur l’historiographie scientifique pour décrire les actes que les les hommes ont accompli au cours de la durée des sociétés auxquelles ils appartiennent et pour donner ainsi teneur humaine aux situations et aux événements de toute espèce. Le problème premier de l’historien est de rendre compte des faits et de rendre raison des intentions et des responsabilités des actes qui ont provoqué les faits. L’historien se trouve donc mis constamment dans la nécessité de décrire, de qualifier et de juger. Et c’est dans le résultat de son travail que s’établit peu à peu, pour la conscience collective, la légitimité de la Mémoire.

2. Mémoire

C’est dans l’opération délicate du passage de l’historiographie et de l’Histoire à la Mémoire qu’intervient le concept d’équité historique (autrefois appelée « impartialité ») qui cherche à équilibrer la rigueur des normes de qualification morale et juridique avec l’exactitude des preuves établissant les faits. Le problème, dans les jugements d’histoire comme dans tout jugement différé dans le temps, c’est que les normes, légales ou morales, changent d’époque en époque, de société en société, voire de condition sociale en condition sociale, ce qui donne évidemment à penser que ces normes sont relatives. Se pose alors la question de savoir si cet ordre de référence est, en soi, absolu ou relatif, et, s’il est relatif, s’il ne dépend pas finalement d’une simple question d’interprétation ; s’il ne s’agit pas, de moment en moment, de simples variantes herméneutiques à propos des mêmes faits ? Et si, pour tout dire, la seule Loi qui s’imposerait ne serait pas celle des mutations aléatoires de l’Oubli.

Il n’est pas indifférent de remarquer, que ce qui cause cette différence herméneutique (résistant/terroriste, révolutionnaire/libérateur) se situe dans la rétro-prospective propre à l’histoire. L’histoire, en effet, regarde le passé avec les lunettes du présent et cherche, dans la finalité du temps, dont la dynamique s’appelle l’avenir, la juste mesure de son jugement sur tout ce qu’elle sait, et, donc, la bonne façon de décrire les faits et de motiver le mobile de l’action des acteurs de l’Histoire. Se pose alors la question, cruciale et fondamentale : quelle est, — ou y en a-t-til une ? —, la définition la plus universelle et la plus radicale de l’Humanité qui pourrait faire contrepoids à la relativité des normes ? Ou, pour le dire autrement, quelle est la finalité de l’Histoire et l’ultime perfection de l’Homme ? Où donc trouver un ordre de principe absolu dans l’Histoire, qui permette à l’historien de juger selon des normes et des critères ne varietur ? La civilisation moderne a établi les droits de l’Homme comme expression de la norme d’Humanité suprême. C’est en leur nom que se font désormais la qualification et le jugement des actes humains. C’est en leur nom qu’on parle de « crime contre l’Humanité » et qu’on a défini, à l’opposé absolu de la relativité et de la temporalité et, dans cette mesure, de façon « inhumaine », l’« imprescriptibilité des crimes contre l’Humanité », excluant donc le concept, décisif en morale, en droit et en psychologie, de « pardon », et cela de façon absolue, pour les crimes les plus graves. La Mémoire doit-elle donc être sans pardon ?

3. Eschatologie

Dans le dynamisme de la Mémoire et, surtout, dans sa pratique, on constate qu’est impliquée une idée de l’union du passé, du présent et de l’avenir, car les exigences de légitimité et de justice constitutives de la Mémoire se situent dans une organisation de la durée qui cherche la récapitulation définitive et apaisante de toutes choses et, ainsi, qui espère l’abolition du caractère dissolu et dissolvant de la temporalité. C’est en fonction de l’Avenir comme idéal, en fonction de l’Avènement de la Justice comme concentration de tous les événements, en fonction de la Paix comme réconciliation et comme pardon que se programme la Mémoire.

Cette dimension, proprement eschatologique, anticipe l’avenir collectif et assure l’assomption des consciences individuelles et collectives, actuelles et rétrospectives, dans la sphère de l’Esprit, dans l’espoir d’une autre société, d’un autre monde. C’est la seule issue pour la Mémoire, singulièrement pour la Mémoire des crimes dès lors que, sans réduire ni minimiser les faits, les actes, les responsabilités et les jugements, elle invite la conscience individuelle des victimes comme des criminels à partir de l’Avenir pour juger le passé et féconder le présent, induisant pour les uns l’espérance, pour les autres le repentir, pour les uns la reconnaissance et la réparation, pour les autres la condamnation et les peines. Sans cette dimension d’espérance et de repentir assumés, la Mémoire n’a plus qu’à s’enfermer dans la loi d’airain de la revanche, de la vengeance et, à tout le moins de l’antique prescription des équilibres de la violence « œil pou œil, dent pour dent ». La dimension eschatologique de la Mémoire rejoint ainsi l’espérance d’un hors-temps idéal, objectivement introuvable, mais qui siège dans l’intime de l’intériorité et qui, ainsi, peut concerner et, effectivement, concerne chacun. Dans cet intime peut s’éprouver l’harmonie de la cohérence de toutes les cohérences possibles. Dans cette intériorité, accessible à chacun, peut s’espérer et s’anticiper la Paix, non celle des équilibres qu’entretiennent les multiples rapports de force, mais la Paix fondée sur la conciliation et la réconciliation, là où chacun s’éprouve « soi-même comme un autre » et découvre en soi une instance de soi qui est tout l’Homme et qui fait en soi toute la place à la conscience universelle.

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One Response to Jean-Claude Polet, Istorie, memorie si eshatologie (24 august, Ramnicu-Sarat)

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